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La langue francophone : d'une passion vindicative sur l'autorité coloniale du discours chez J.-L. Raharimanana

Hassan Moustir

Résumé


Écrire en langue française cristallise chez l’écrivain francophone une passion double, celle d’un viatique de représentation de soi, mais aussi d’un retour de violence, de nature vindicative, marquant le refus d’assimilation sous l’autorité coloniale du discours (Mignolo). Dans le sillage d’une approche de décolonisation de l’imaginaire et du langage, l’œuvre francophone affirme dès son émergence soit une contre-narration qui révise les archives de l’histoire officielle, et impose une restitution sans compromis de la mémoire, en répondant souvent à la violence de domination effective par une violence symbolique, portée par la langue. Soit un effort d’édification d’une culture autre dans les décombres de l’effacement subséquent à l’hégémonie impériale. Si ce dernier mouvement a été en réalité l’acte de naissance décoloniale de la littérature francophone, confondu dans une volonté d’édification nationaliste, le premier émane d’une conscience aiguë sur le rôle de la langue dans le façonnement de l’imaginaire et la formation de l’autorité symbolique impériale.   

C’est sans doute chez Jean-Luc Raharimanana que s’incarnent à la fois la conscience de restauration des archives historiques (Madagascar 1947 et 2011) et le recours à la langue comme site symbolique ou la violence extérieurement subie se transpose à l’échelle de l’usage dysfonctionnel de la langue (Za 2008). Cette étude se veut donc une exploration aussi large que possible de l’œuvre de l’auteur malgache sous l’optique d’une vengeance voulue comme retour de violence (Fanon) qu’elle soit réelle (la torture politique), historique (la colonisation française) ou encore symbolique (l’autorité du système de la langue).

For the francophone writer, to write in French brings a twofold passion into focus. On the one hand, it is an aid to self-representation, but on the other, it represents the return of violence of a vindictive nature, signifying the rejection of assimilation to discourse under colonialism’s authority (Mignolo). In the wake of approaches to the decolonisation of creation and language, the francophone oeuvre maintains one of two possibilities. Either it is a counter-narration, which revises the official historical archives and imposes an uncompromising restitution of memory, all the while frequently responding to the violence of domination, effectively a symbolic violence, borne by language, or it maintains an attempt to build up a different culture amidst the ruins of erasure subsequent to the imperial hegemony.  If the more recent movement was in reality the birth certificate of the decolonisation of francophone literature, wrapped up in a desire for nationalistic edification, the first movement emanated from a keen awareness of the role of language in the shaping of the imagination and the creation of symbolic imperial authority.

It is very likely in Jean-Luc Raharimanana’s work that that we see the crystallization of both a conscientiousness in the restoration of historical archives (Madagascar 1947 and 2011) and a recourse to language as the symbolic site where an externally subjected violence gets transposed upon the range of dysfunctional language usage (Za 2008). This study hopes to explore as much of the work of this Madagascan author as possible from the perspective of a vengeance that seeks to be a return to violence (Fanon), whether such violence is real (political torture), historical (French colonisation) or even symbolic (the authority of a system of language).


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