L’esprit de famille en littérature : le cas J.-H. Rosny
Résumé
Joseph-Henri Rosny (l’aîné) et Séraphin-Justin-François Rosny (le jeune) produisent conjointement une série de soixante-sept romans entre 1886 et 1909, s’assurant une réputation enviable dans le Paris de l’entre-deux-siècles. Ils fréquentent le grenier des Goncourt et deviennent, l’un après l’autre, présidents de l’Académie. Suite à une dispute publique, leurs chemins se séparent. Nombre de doutes persistent sur leurs responsabilités individuelles dans l’œuvre commun, que ne résout pas définitivement une « Convention » censée départager leur production, produite en 1935. Dans l’absence de témoignages directs sur les modalités de leur collaboration, cet article s’intéresse aux réactions de leurs pairs et de la presse à la nouvelle de leur divorce littéraire, ainsi qu’à la réception médiatique et critique de leurs premiers romans signés séparément. Le but est de tenter d’identifier, dans le contexte d’une production d’une étonnante variété générique, les lignes de force stylistiques et thématiques qui parcourent la production commune et leur infléchissement dans les œuvres signées individuellement, pour formuler quelques hypothèses plausibles sur les mérites et les faiblesses respectifs des deux frères.