Fordisme littéraire et écriture à quatre mains Le cas Paul Kenny et le régime industriel de la littérature d'espionnage (1952-1981)

Auteurs-es

  • Matthieu Letourneux

Résumé

Cet article analyse le cas de Paul Kenny, pseudonyme collectif des écrivains belges Jean Libert et Gaston Vandenpanhuyse, pour explorer les logiques fordistes de la production littéraire populaire dans la seconde moitié du XXᵉ siècle. L’étude montre comment l’écriture à quatre mains, loin d’être un simple choix artistique, répond à une rationalisation du travail dictée par les contraintes éditoriales du Fleuve Noir, éditeur emblématique d’un régime industriel de production romanesque. À travers l’organisation minutieuse du travail, la standardisation des intrigues et la neutralisation partielle des styles individuels, Libert et Vandenpanhuyse ont instauré une véritable chaîne de fabrication du roman d’espionnage. Le personnage de Coplan, pivot diégétique de la série, incarne cette unité sérielle qui supplante la singularité auctoriale : on lit un Coplan plus qu’un Paul Kenny. Ce déplacement de l’auctorialité du côté du personnage et de la collection illustre la mutation du pacte de lecture populaire à l’ère fordiste, où la marque éditoriale et les logiques sérielles remplacent la figure de l’auteur. En conclusion, l’article propose une réflexion théorique sur la collaboration littéraire et la production sérielle comme formes emblématiques de la modernité industrielle de la culture populaire.

Biographie de l'auteur-e

Matthieu Letourneux

Matthieu Letourneux est professeur de Littérature à l’Université Paris Nanterre et directeur du CSLF. Spécialiste des cultures médiatiques (XIX-XXIe siècle), il s’intéresse aux imaginaires sériels (Fictions à la chaîne, Seuil, 2017, Fantômas, biographie d’un criminel imaginaire, avec L. Artiaga, 2013), à l’édition populaire (Aux origines de la pop culture, avec L. Artiaga, La Découverte, 2022, La Librairie Jules Tallandier, avec J.-Y. Mollier, 2011), à la littérature de genre (Le Roman d’aventures, 2010, Cinéma premiers crimes, 2015) et à la culture du divertissement en régime médiatique (L’Empire du rire, avec A. Vaillant, 2021). Il a dirigé une quinzaine de collectifs autour de la culture médiatique, de la culture de jeunesse, des genres populaires et des processus de légitimation dans la culture de masse (derniers en date : Futurs POP ; Perspectives de la recherche en cultures populaires et médiatiques, Presses Universitaires de Paris Nanterre, 2025 et « Le Magazine de bandes dessinées », Comicalités, 2025). Il est co-rédacteur en chef de la revue universitaire Belphégor et codirige chez Amsterdam la collection des « Prairies Ordinaires ».

Publié-e

2026-04-01