Fordisme littéraire et écriture à quatre mains Le cas Paul Kenny et le régime industriel de la littérature d'espionnage (1952-1981)
Résumé
Cet article analyse le cas de Paul Kenny, pseudonyme collectif des écrivains belges Jean Libert et Gaston Vandenpanhuyse, pour explorer les logiques fordistes de la production littéraire populaire dans la seconde moitié du XXᵉ siècle. L’étude montre comment l’écriture à quatre mains, loin d’être un simple choix artistique, répond à une rationalisation du travail dictée par les contraintes éditoriales du Fleuve Noir, éditeur emblématique d’un régime industriel de production romanesque. À travers l’organisation minutieuse du travail, la standardisation des intrigues et la neutralisation partielle des styles individuels, Libert et Vandenpanhuyse ont instauré une véritable chaîne de fabrication du roman d’espionnage. Le personnage de Coplan, pivot diégétique de la série, incarne cette unité sérielle qui supplante la singularité auctoriale : on lit un Coplan plus qu’un Paul Kenny. Ce déplacement de l’auctorialité du côté du personnage et de la collection illustre la mutation du pacte de lecture populaire à l’ère fordiste, où la marque éditoriale et les logiques sérielles remplacent la figure de l’auteur. En conclusion, l’article propose une réflexion théorique sur la collaboration littéraire et la production sérielle comme formes emblématiques de la modernité industrielle de la culture populaire.