Espaces lisses ou espaces striés ? Le désert et la mer dans Les Hommes qui marchent et N’zid de Malika Mokeddem
Résumé
Deux espaces occupent une place de choix dans les romans de Malika Mokeddem : le désert (algérien), où elle a grandi, et la mer (Méditerranée). Cet article vise à examiner sa représentation de ces deux espaces, en s’inspirant du célèbre « Traité de Nomadologie » de Gilles Deleuze et Félix Guattari (1980). Alors que ces deux philosophes proposent une image idéalisée du nomadisme, qu’ils associent à la liberté, et du désert, qu’ils qualifient d’espace « lisse », c’est-à-dire, exempt de codifications et de hiérarchies, la vision mokeddemienne est plus nuancée : si elle brosse un portrait plein de tendresse pour les « hommes qui marchent » - ses ancêtres nomades – elle n’occulte pas pour autant les jougs qui entravent leur liberté et qui font de l’espace qu’ils traversent un espace « strié » (terme que Deleuze et Guattari opposent à « lisse ») : le joug colonial, tout d’abord, et celui, plus étouffant encore, des traditions sclérosées et particulièrement dures envers les femmes. Contrairement à cet espace oppressant, Mokeddem voit en la Méditerranée un symbole d’ouverture et de tolérance et un « Tiers-Espace » (selon le terme de Homi K. Bhabha) qui permet un heureux mélange des cultures.