Comme une odeur de fruits un peu suris : écocide mortifère et espace écologique en changement dans le Fort-de-France de Chronique des sept misères (1986) de Patrick Chamoiseau
Résumé
L’écrivain et théoricien de la créolité Patrick Chamoiseau est célèbre pour avoir écrit des textes profondément inscrits dans les paysages de la Martinique et pour avoir proposé une écriture renouvelant la manière dont l’Île avait jusqu’alors été pensée et écrite au sein du champ littéraire francophone. Plusieurs des motifs présents dans son œuvre se prêtent à une étude des liens entre les corps, l’environnement naturel et la crise écologique que nous traversons. En suivant le sillage odorant de l’écriture de Chronique des Sept Misères (1986), nous constaterons, à ce sujet, que les évocations olfactives au sein du roman ne se réduisent pas à de simples artifices baroques. Plutôt, nous discuterons de la façon dont l’auteur mobilise la culture olfactive martiniquaise afin de penser la complexité des rapports sociaux qui y sont à l’œuvre (Perras et Wicky, 2017), et de servir finalement l’émergence d’une écriture nouvelle de la Créolité. À la suite de cette présentation, nous défendrons en outre l’idée selon laquelle une attention portée à l’écologie olfactive des écrits littéraires pourrait se rendre utile à une critique écologique globale, en inspirant de nouvelles façons de penser la sociologie et l’histoire de nos environnements aux côtés de la littérature.