« Si on veut survivre, il faut changer d’espèce » : Chant d’humain à une baleine égarée que nous n’entendons plus
Résumé
Montréal, mai 2020. Alors que le monde est confiné et que le Québec devient l’épicentre canadien de la pandémie, Montréal connaît une hausse des contaminations. À cette crise sanitaire s’ajoute l’apparition d’un mammifère dans les eaux du Saint-Laurent, qui suscite fascination et inquiétude. Ce contexte constitue le point de départ de L’amoure looks something like you d’Éric Noël (2022). Une voix s’adresse à la baleine, nommée James, et retrace son parcours, tandis que les paroles de Kate Bush traversent la pièce comme un chant destiné à retenir son attention. « Les baleines entendent nos cris comme on entend les leurs. Elles entendent nos chants aussi. Est-ce qu’on entend encore les leurs ? », interroge la voix Cette question est explorée à travers une langue qui décentre le regard et fait de l’animal un symbole de notre époque. Si l’adresse semble destinée à la baleine, elle exprime également une urgence climatique, politique et sociale. De Greta Thunberg au mouvement Black Lives Matter, la voix solitaire formule un appel à l’amour·e et à la consolation. À partir de la dramaturgie de la pièce, nous analyserons les enjeux de cette (nouvelle ?) langue, portée par la nécessité de se faire entendre et par le désir d’exister hors des cadres.