Nanabozo, initiation et métamorphose dans Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné
Résumé
Le lièvre d’Amérique (2020) de Mireille Gagné connaît dès sa sortie un succès important des deux côtés de l’Atlantique. La richesse de cette fable animalière repose en partie sur une affinité avec la figure du lièvre Nanabozo, le trickster que l’on retrouve sous diverses formes dans les mythologies autochtones et de nombreuses cultures. Cet être surnaturel polymorphe et transgresseur de l’ordre se manifeste aux humains afin, entre autres, de leur enseigner des principes et de leur indiquer leurs erreurs. Nanabozo convie l’héroïne du récit à entrer dans un devenir-animal libérateur. D’abord déguisé en adolescent, il appelle la communauté à changer sa vision du monde environnant ; puis, sous la forme d’une thérapie génique, il incite la protagoniste à délaisser le discours capitaliste et anthropocentriste. Voilà la morale de la fable : il faut écouter le trickster pour que « les frontières tombent » entre les êtres vivants et que « le temps se répare » en retrouvant un équilibre en soi et avec le monde.