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Promenoir(s) de la mort seule : quand Michaël Ferrier revient vers Édouard Glissant lecteur de Tristan L’Hermite

Bernadette Cailler

Résumé


Often relating the Amerindian tragedy to the plight suffered by deported Africans, Glissant recalls suicides committed by members from both communities: « Walkway of Death Alone » (1954)* offers signs of a collective suicide. According to a tradition – in fact contested – a group of Caribs and their families threw themselves off a cliff, following a devastating attack by settlers in the Prêcheur area (mid-seventeenth century). The poem consists of octosyllabic quatrains reminiscent of Tristan L’Hermite’s ode: « The Walkway of the Two Lovers », whose symbolic overtones linked to a pastoral lyricism suffused with earth and water, and to the ‘dying of love’ theme, are inscribed within multiple traditions. The reader will no doubt measure Glissant’s poignant irony in intertwining both the lyrical idea of the ode and the singing tone of L’Hermite’s text with a network of terms linked to water, rose, tree, bird, azure …; but here, the walkway of the lovers has become a place for screams, aggression, death “alone”: no more « the edge of a spring », but « a mournful bay ». In the last chapter of Mémoires d’outre-mer (2015)**, Michaël Ferrier’s powerful and original writing takes up the title of Glissant’s poem, exploring memories from the Indian Ocean and Madagascar: world war, independence, cyclones …, finally narrating the deaths of Pauline and Maxime, two old lovers who, in their times, had had their walks and their songs. From the core of an intertextual, intercultural, and ancestral framework, Cailler analyzes the ways the author interweaves a poetics of love, death, and song in these last pages.

*Title chosen by Cailler rather than the more usual « Walkway of Lonely Death »

** Translation by Martin Munro to appear in 2019 as Over Seas of Memory (Nebraska University Press).

Associant souvent la tragédie amérindienne à celle des Africains transbordés, Glissant rappelle les suicides des uns et des autres : « Promenoir de la mort seule » (1954) offre les signes d’un suicide collectif. Selon une tradition d’ailleurs contestée, un groupe de Caraïbes et leurs familles se seraient jetés du haut d’une falaise, à la suite d’une attaque de colons dévastatrice au Prêcheur (mi-dix-septième siècle). Le poème est composé de quatrains en octosyllabes réminiscents de l’ode de Tristan L’Hermite (1601-1655), « Le promenoir des deux amants », dont la symbolique, le lyrisme pastoral de terre et d’eau, le thème du « mourir d’amour » s’inscrivent dans de multiples traditions. On mesurera la terrible ironie de Glissant à saisir aussi bien l’idée lyrique de l’ode, le ton chantant du texte de L’Hermite, qu’un réseau de vocables liés à l’eau, la rose, l’arbre, l’oiseau, l’azur…; mais ici, le promenoir des amants est devenu lieu du cri, de l’agression, de la mort « seule », non plus « bord de fontaine » mais « baie funèbre ». Auteur à l’écriture puissante, originale, Ferrier reprend le titre du poème de Glissant pour le dernier chapitre de Mémoires d’outre-mer (2015), mémoires de l’Océan Indien, de Madagascar : guerre mondiale, indépendance, cyclones…, enfin, récit de deux morts, celles de Pauline et de Maxime, vieux amants qui, en leurs temps, avaient eu leurs promenades et leurs chansons. Du coeur d’une trame intertextuelle, interculturelle et ancestrale, Cailler analyse comment, dans ces dernières pages, l’auteur dessine une poétique entrelacée de l’amour, de la mort, et du chant.


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