Victor Margueritte et sa communauté d’écriture

Auteurs-es

  • Carme Figuerola

Résumé

Cette étude examine la communauté d’écriture constituée autour de Victor Margueritte, en intégrant la contribution de son frère Paul, de sa fille-nièce Lucie Paul-Margueritte, ainsi que de sa seconde épouse, Madeleine Acézat (alias Sylvestre Boix). À partir d’un corpus romanesque partagé – incluant Femmes nouvelles, Vanité, Prostituée, La Jeune fille mal élevée ou Toute nue – l’analyse met en évidence une cohérence thématique forte centrée sur la remise en question des normes sociales régissant le mariage, la sexualité féminine, la prostitution et les rapports de genre. Ces récits, souvent inscrits dans une veine naturaliste ou psychologique, dénoncent les hypocrisies bourgeoises et valorisent des figures féminines en quête d’autonomie affective, sociale et corporelle. En confrontant ces personnages à des figures masculines dominantes – banquiers, maris tyranniques, libertins –, les auteurs questionnent l’ordre patriarcal et esquissent la possibilité d’une masculinité alternative, incarnée notamment par la figure du médecin éclairé. Le rôle de la médecine, envisagée comme horizon moral et lieu d’émancipation, occupe ainsi une place centrale dans la poétique marguerittienne. Enfin, l’article aborde les limites méthodologiques de l’étude génétique appliquée à l’écriture à quatre mains, en soulignant l’opacité matérielle des manuscrits conservés. La communauté littéraire des Margueritte apparaît dès lors comme un espace original de création et de réflexion critique, où s’entrelacent les dimensions esthétiques, politiques et intimes d’une époque en mutation.

Biographie de l'auteur-e

Carme Figuerola

Carme Figuerola est professeure de langue et littérature française et francophone à l’Université de Lleida (Espagne). S’intéressant à l’étude du roman populaire français du XIXe siècle, elle consacre une part centrale de ses recherches à l’étude des pratiques d’écriture à plusieurs mains, en particulier dans le contexte de la production romanesque française des XIXe et XXe siècles. Ses travaux ont accordé une attention soutenue à la dynamique créative des frères Margueritte, dont elle analyse à la fois les modalités de collaboration, les enjeux esthétiques et les implications idéologiques.

Parallèlement, ses recherches se développent selon deux autres axes complémentaires : d’une part, l’exploration de la littérature de l’entre-deux-guerres, à travers des figures telles que Jean-Richard Bloch, Eugène Dabit ou Roger Martin du Gard ; d’autre part elle aborde également de manière approfondie l’écriture féminine, avec de nombreuses publications consacrées à des autrices telles que George Sand, Delly, Irène Némirovsky, Maïssa Bey, Malika Mokeddem, Léonora Miano, Colette Fellous ou Fawzia Zouari. Ses approches croisent l’histoire littéraire, la sociologie de la littérature et les études de genre, dans une perspective attentive aux rapports entre littérature, société et représentations.

Publié-e

2026-04-01