Nymphée (1893), de J.-H. Rosny, et le merveilleux scientifique : les débuts de la science-fiction moderne
Résumé
Sous le pseudonyme J.-H. Rosny, les frères belges Joseph-Henri-Honoré Boëx (Rosny aîné, 1856-1940) et Séraphin Justin-François Boëx (Rosny jeune, 1859-1948) écrivent en tandem de 1887 à 1908, jusqu’à leur rupture, provoquée par l’annonce, dans Le Journal, de la parution en feuilleton de Marthe Baraquin, accompagnée de la seule photographie de l’aîné. En pleine Belle Époque, leur écriture se situe au croisement de la science et de l’imagination, donnant naissance à ce que l’on appelait alors le “merveilleux scientifique”, précurseur de la science-fiction moderne. Les frères Rosny font ainsi le lien entre Jules Verne et H. G. Wells. La science-fiction rosnyenne se décline en récits préhistoriques, contemporains et d’anticipation qui racontent le devenir de l’humanité à l’aune du darwinisme. Nymphée est une nouvelle publiée en revue en 1893, puis en volume en 1909, qui illustre la veine contemporaine : en 1891, un jeune médecin-naturaliste, Robert Farville, accompagne une expédition dans la région de l’Amour, aux confins de la Russie et de la Chine, où il découvre des civilisations lacustres d’humanoïdes jusqu’alors inconnues. Dans cet article, nous analyserons comment ce récit d’aventures anticipe la science-fiction moderne, tout en portant un regard engagé sur des questions telles que la critique du colonialisme et l’esquisse d’un éco-récit où une société amphibie, communautaire et frugale vit en symbiose avec la nature.